La personnalité de la semaine, dimanche 27 mai 2007
Karine Sergerie
Anne Richer, La Presse


KARINE SERGERIE

C'est vrai que traditionnellement le taekwondo a surtout été pratiqué par des hommes. On dégage une image de force quand on pratique un sport de combat. Mais j'essaie d'être une personne comme les autres; je ne cherche pas à m'imposer.

Karine Sergerie est championne de taekwondo, catégorie poids plume. Mais dans la tête et dans les pieds, c'est la catégorie plomb.

Elle connaît la voie, la manière et les gestes pour désarçonner son adversaire. Alors il ne faut surtout pas se méprendre sur la clarté de son regard, la chaleur de son sourire. Elle pratique un sport de combat qui a des similitudes avec le karaté. Elle pourrait terrasser sans peine un adversaire, mais ce n'est ni dans la philosophie de ce sport, ni dans sa mentalité à elle, ni dans ses intentions. Elle ne se donne pas en spectacle. Le lieu de compétition n'est pas la rue.

Elle a remporté la première médaille d'or dans l'histoire canadienne du taekwondo aux Championnats du monde qui ont eu lieu à Pékin la semaine dernière. En combat dans la catégorie des moins de 63kg, elle a vaincu au premier tour l'Espagnole Sara Berbero. Ensuite, ce fut au tour de l'Allemande Anna Poppe de s'incliner. Puis elle a eu raison de sa principale adversaire, la Sud-Coréenne Park Hye Mi, par la marque de 4-3 en prolongation.

À 22 ans, après de longues années de travail et d'entraînement, elle vient de remporter une victoire non seulement pour son pays, mais sur elle-même. Car il faut de la ténacité et du courage pour franchir un jour la plus haute marche du podium.

La Presse et Radio-Canada tiennent à souligner sa victoire remarquable en la nommant Personnalité de la semaine.

Image de force

Elle est donc sur la bonne voie pour les prochains Jeux olympiques, son rêve ultime. Deux hommes et deux femmes seront choisis par la Fédération canadienne de taekwondo et, cette fois, elle compte bien en être. Il faut rappeler que, en 2004, en dépit du fait qu'elle était la meilleure taekwondoïste au pays, elle n'a pu se présenter aux Jeux olympiques d'Athènes pour une question de procédure. L'affaire avait fait couler beaucoup d'encre. "Ce fut l'un des grands chocs de ma vie. Ça m'a pris beaucoup de temps à digérer cette déception. Mais j'ai dû l'accepter et de grandir un peu plus à travers cette épreuve."

"Depuis que je suis toute petite, je veux faire quelque chose de grand!" s'exclame-t-elle. Elle regardait les Jeux à la télévision en compagnie de son père, qui est aussi son entraîneur, et elle s'est dit qu'elle aussi un jour connaîtrait l'ivresse des grandes victoires.

Deux éléments importants forment la base du taekwondo: la technique et la stratégie. C'est la même passion qui anime tous les sportifs de fort calibre. Physiothérapie le matin, entraînement le matin et le soir, musculation, cardio, bref, "c'est le chaos organisé", selon ses propres termes. Il reste peu de place pour les loisirs. Pas beaucoup de temps pour voir ses amis, qui doivent impérativement comprendre quelle est sa vie et où sont ses priorités. De temps en temps, elle aime bien s'offrir le cinéma avec eux. Un scénario fantaisiste, une belle histoire d'un monde différent, voilà ce qu'elle recherche; c'est une manière douce d'échapper aux coups, à la discipline quotidienne des combats. "C'est vrai que traditionnellement le taekwondo a surtout été pratiqué par des hommes. On dégage une image de force quand on pratique un sport de combat. Mais j'essaie d'être une personne comme les autres; je ne cherche pas à m'imposer. Du reste, je suis assez solitaire."

Une vie organisée

Le sport a été pour elle une école de vie. "On apprend à mieux se connaître, ce qui prend généralement toute une vie. On doit s'aimer, aussi, c'est-à-dire se respecter, connaître ses limites. Si on se connaît mal, on ne sait pas jusqu'où on peut aller. Mais avec de la persévérance on peut toujours se rendre encore plus loin."

Karine a deux soeurs et un frère, tous sportifs sans être aussi engagés qu'elle. Son père, qui a été sergent détective à Brossard, est depuis quelques années à la retraite et dirige une école de taekwondo. Dès qu'il a eu conscience que sa fille voulait engager sa vie dans ce sport de combat, il a été à la fois content et inquiet, car c'est une voie difficile. Maintenant, il sait qu'il a eu raison de croire en la victoire de Karine à Pékin. Même s'il était exclu du voyage par décision de la Fédération, il a, avec sa femme, suivi sur Internet tous les combats et applaudi à toutes les victoires.

L'athlète a encore de belles années de performances devant elle: une carrière en taekwondo peut durer relativement longtemps. Elle se voit prendre ses distances autour de 27 ou 28 ans, pour fonder une famille.

Inscrite au collège Vanier dans un programme sport-études, elle n'a pas pu se consacrer à ses livres comme elle l'aurait souhaité à cause des nombreuses compétitions. Mais elle va réussir là aussi, si on en croit son plan des 10 prochaines années: "J'aurai fini l'université, une maîtrise. J'espère que je serai mariée, je souhaite une relation vraiment sérieuse qui va durer, j'aurai au moins un enfant, et un autre à venir."

Voilà comment le taekwondo conduit à la tendresse.

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