1. GENÈSE DE QUELQUES INVENTIONS
-- 1.3 BOULES DE BILLARD ET COLS EN PLASTIQUE (600 mots)
© Joe Schwarcz & Vanier College

[1] Vous êtes-vous déjà demandé comment les gens occupaient leurs loisirs avant l'avènement des magnétoscopes, des ordinateurs et des Nintendos? Eh bien, au 19 e siècle, le jeu de billard faisait rage. Mais un problème se fit sentir à mesure que le jeu gagnait en popularité. Bizarrement, ce problème était lié à une pénurie d'éléphants! L'ivoire des défenses d'éléphant était le seul matériau utilisable pour les boules de billard, et on n'en avait plus suffisamment pour satisfaire à la demande. Alors, l'entreprise Phelan et Collander de, New York, offrit un prix de dix mille dollars, une somme énorme à l'époque, à qui lui présenterait un substitut artificiel de l'ivoire.

[2] Cette récompense considérable retint l'attention d'un jeune inventeur d'Albany (Etat de New York), qui avait déjà tenté de fabriquer des dominos et des échiquiers à partir de pulpe de bois pressé et de vernis. Puis un jour ainsi du moins l'affirme la légende il se coupa le doigt et chercha le collodion, ce pansement miracle de l'époque. Malheureusement, en ouvrant le placard dans lequel il rangeait le collodion, il s'aperçut que la bouteille avait coulé. En voulant nettoyer les dégâts, il constata que le liquide avait durci en une masse solide!

[3] Une idée jaillit immédiatement dans son esprit. Et si on essayait de mouler ce produit en forme de boule de billard? En fait, cela s'avéra possible, mais il lui fallut sept ans d'efforts pour perfectionner sa technique. Le secret consistait à combiner le collodion avec du camphre, une substance obtenue à partir d'un arbre de Taïwan, avant de le mouler sous pression et à chaud. Le camphre faisait fonction de lubrifiant interne, ou de plastifiant comme on dit aujourd'hui, permettant aux molécules longues du nitrate de cellulose de glisser l'une sur l'autre pendant le processus de moulage. Hyatt baptisa ce nouveau matériau «celluloïd».

[4] Toutefois, le celluloïd n'avait pas l'élasticité de l'ivoire et par conséquent ne pouvait pas le remplacer dans la fabrication des boules de billard. Mais en tant que premier plastique moulable, il connut quantité d'autres utilisations. Hyatt et son frère mirent sur pied une entreprise, la Albany Dental Plate Company, qui révolutionna la fabrication des prothèses dentaires. Ces dernières étaient vraiment extraordinaires, sauf pour les buveurs de thé. En effet, le plastique se ramollissait dans l'eau chaude, et les dents se tordaient littéralement. Toutefois, le celluloïd remplaça la corne, les sabots d'animaux, l'ivoire, les écailles de tortue et le caoutchouc dur pour la fabrication des brosses, des manches de couteaux, des bijoux et des touches de piano.

[5] Les cols et les poignets de chemise en celluloïd détachables devinrent populaires. Comme les chemises des messieurs ne se voyaient pas, étant cachées sous le gilet, ils pouvaient porter plus longtemps la même chemise. Quand le col et les poignets étaient sales, on les enlevait et on les nettoyait. Ils gardaient leur forme après de nombreux lavages. À condition toutefois que le monsieur ne s'échauffe pas trop, car le celluloïd était extrêmement inflammable! En fait, en l'espace de 36 ans, la principale fabrique de celluloïd de Newark, au New Jersey, fut le théâtre de 39 incendies et explosions, causant au moins neuf morts et de nombreux blessés.

[6] En raison de son inflammabilité et avec l'invention de meilleurs plastiques, le celluloïd disparut vite du marché. Ce premier «plastique miracle» dans lequel on avait mis tant d'espoir pour remplacer l'ivoire des boules de billard n'a plus maintenant qu'un seul usage commercial: il est sans égal pour la fabrication des balles de ping-pong, aucun autre matériau n'ayant sa résilience. Le celluloïd avait manqué son coup avec les boules de billard, mais il a rebondi formidablement avec les balles de ping-pong!